« J’aime Shakespeare de la même façon que j’aime la fessée »

22 Déc 2016 |

L’été dernier, je vous parlais de l’Américaine Jillian Keenan et de son récit autobiographique Sex With Shakespeare, sans doute le meilleur livre sur la fessée qu’il m’ait été donné de lire jusqu’à présent (malheureusement non-traduit en français à ce jour). J’ai voulu aller plus loin et poser quelques questions à l’auteure, qui s’est aimablement prêtée au jeu.

 

Claquements – Dans Sex With Shakespeare, vous racontez l’itinéraire au terme duquel vous avez ouvertement assumé votre fantasme de fessée. Pour être heureux, tous les fétichistes de la fessée devraient-ils faire, comme vous, leur « coming-out »?

Jillian Keenan – Il n’y a pas de recette unique pour être heureux. Certains fétichistes de la fessée trouvent leur bonheur en s’impliquant dans la communauté et en se faisant des amis parmi leurs semblables. D’autres préfèrent garder cette partie de leur vie plus privée. Tous les chemins vers le bonheur se valent. Mais je peux dire que dans mon cas, assumer ouvertement mon fantasme a été la meilleure chose que j’ai faite dans ma vie. Cela m’a apporté énormément de joie, de satisfaction et de paix.

C. – Assumer son fantasme de fessée avec son partenaire ou ses amies est une chose. Ecrire des articles et un livre sur ce sujet va beaucoup plus loin. Qu’est-ce qui vous a amenée non seulement à assumer votre fantasme, mais à le faire d’une façon aussi publique ?

J. K. – Nos vies privées ont des implications politiques. En écrivant publiquement sur la fessée, j’espère déclencher des conversations critiques sur la sexualité, le consentement, la culpabilisation, les droits des enfants et beaucoup plus.

C. – Au bout du compte, les réactions ont-elles été majoritairement positives, ou négatives ?

J. K. – Je m’efforce d’ignorer les réactions négatives. Je préfère me concentrer sur les réactions extraordinaires dont des fétichistes de la fessée dans le monde entier m’ont fait part. En fait, certaines des personnes que j’ai rencontrées grâce à mes écrits figurent à l’heure actuelle parmi mes meilleurs amis ! Ma plus grande surprise aura été de constater à quel point tant de gens avaient besoin que quelqu’un écrive, parle ouvertement de ce fantasme en particulier. Je me doutais bien qu’il existait de nombreux fétichistes seuls et isolés à travers le monde. Mais je n’avais pas pleinement saisi l’ampleur de cette solitude jusqu’à ce que les gens commencent à partager leurs réactions à propos de mon ouvrage.

C. – Vous avez épousé un Monsieur qui n’est pas naturellement porté sur la fessée. Avec Sex with Shakespeare, vous livrez en quelque sorte une recette pour « convertir » une personne « vanille » en fesseur enthousiaste. Voilà qui n’est pas facile… Avez-vous des conseils à nous donner à ce sujet ?

J. K. – Je ne pense pas qu’on puisse totalement « convertir » une personne vanille en fétichiste de la fessée. Mais il est vrai qu’avec du temps, de la communication et de l’ouverture d’esprit, même les non-fétichistes peuvent adopter notre fantasme, et même y prendre beaucoup de plaisir! Mon conseil le plus important, c’est de rappeler que rien ne va sans dire. Dans la pratique de la fessée, certains détails qui vont de soi pour celles et ceux d’entre nous qui ont eu cette obsession toute leur vie sont loin d’être évidents pour les personnes vanille. Par exemple, j’ai dû expliquer à mon mari quels instruments utiliser et comment ! Alors, n’ayez jamais peur de trop expliquer. En matière de sexualité humaine, rien ne va jamais de soi.

C. – Outre Sex with Shakespeare, vous avez écrit plusieurs articles à succès sur la fessée. Mais dans la vie, vous êtes aussi journaliste internationale ainsi qu’une spécialiste de William Shakespeare. Ne craignez-vous pas que votre casquette de gourou de la fessée ne prenne le dessus sur toutes les autres ?

J. K. – Je ne m’inquiète pas beaucoup pour ce genre de chose. J’espère juste, modestement, que mon travail est utile. Au bout du compte, si quelque chose que j’ai écrit peut venir en aide à quelqu’un, je dors tranquille.

C. – Comptez-vous écrire d’autres livres ? Quel en sera le sujet ? La fessée ?

J. K. – Je suis actuellement en train de rédiger une proposition de livre sur les droits des enfants. Les violences contre les enfants cautionnées par l’Etat (les «châtiments corporels») sont un des sujets parmi beaucoup d’autres. Je suis très excitée par ce projet.

C. – Dernière question. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore lu votre livre, pourriez-vous expliquer en quelques mots quel est le rapport entre Shakespeare et la fessée ?

J. K. – Je vais piquer la réponse dans mon propre livre : j’aime Shakespeare de la même façon que j’aime la fessée. Aucun des deux n’est facile au début. La poésie, tout comme la douleur, ça vous heurte. C’est bouleversant, pénible. S’y ajuster prend plusieurs minutes. Mais après, dans les deux cas, les endorphines entrent en jeu. Le sang circule. La chaleur monte. On commence à se sentir mieux : ça devient d’abord tolérable, puis agréable, puis (si la chose est bien faite) une pure merveille. L’anglais élisabéthain ardu commence à devenir simple et magique. La douleur commence à ressembler au plaisir. Pour résumer, Shakespeare et la fessée sont deux choses qui sont devenues naturelles en moi. Et les deux sont d’autant plus satisfaisantes qu’elles commencent par faire mal.

Sex with Shakespeare, de Jillian Keenan. William Morrow / Harper Collins (344 p.)

Photo de tête: © Jillian Keenan

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