Fessées mégalithiques

8 Juil 2018 | 4 commentaires

La fessée remonte à la nuit des temps, cela ne fait aucun doute.

D’ailleurs, on ne sait pas très bien si c’est le verbe « fesser » qui est dérivé du mot « fesse », ou bien si c’est « fesse » qui est dérivé de « fesser ». Je penche plutôt pour la deuxième hypothèse: les fesses ont été nommées ainsi parce que c’est l’endroit où, naturellement, on tape.

La preuve: au Canada français, le verbe « fesser » est encore de nos jours couramment employé pour « frapper » au sens large.

« Il a fessé un orignal », ai-je entendu un jour de la bouche d’un ami québécois éploré par le décès accidentel d’un proche. Il m’a fallu une fraction de seconde de stupeur avant de comprendre. Le malheureux n’avait pas été encorné à mort après avoir tenté, inspiré par un excès de Moose Head, d’assouvir un improbable fantasme spanko-zoophile sur un élan rencontré au fond des bois. Non. Il s’était simplement enquillé à pleine vitesse dans le cervidé, dont Wikipédia nous apprend qu’il peut atteindre 700 kilos (et se montrer vindicatif si on le fesse), en roulant un peu trop vite sur une route forestière la nuit. Paix à leurs âmes, et fin de la parenthèse.

Selon ma théorie, la fessée est donc antérieure au langage, et même à toute forme de culture. C’est parce qu’on l’a fessé que l’homme de Néanderthal s’est enfin civilisé. Jamais les pyramides d’Egypte n’auraient été érigées si les esclaves n’avaient reçu, en temps et en heure, quelques coups de fouet bien placés. On a sûrement su fesser avant de savoir écrire, voire même de savoir parler.

La théorie ne pouvant jamais remplacer la recherche archéologique sur le terrain, nous sommes partis, Alice et moi, à la recherche des origines de la fessée en explorant plusieurs sites mégalithiques oubliés proches de Paris en juillet 2017.

Quelques égarements dans les fougères et quelques corrections d’itinéraire plus tard, nous y sommes parvenus: Un authentique alignement de menhirs, en pleine forêt, à quelques kilomètres de la capitale, désert, méconnu et pas du tout indiqué. Le granit utilisé pour façonner ces mégalithes ne se rencontre pas dans la région et la roue n’existait pas encore à l’époque. Ce qui signifie que ces pierres pesant chacune plusieurs tonnes ont été amenées ici -de Bretagne ou d’ailleurs- sur des centaines de kilomètres à dos d’homme, et probablement à coups de fouet…

La fessée est bien à l’origine de notre civilisation. Il nous fallait rendre hommage à nos ancêtres.

P.S.: une amie conservatrice d’art a fait un parallèle, en lisant cet article, avec une série d’images licencieuses des frères Jacques et Charles Biederer. Les bonnes idées traversent parfois les siècles!